Posons le contexte :

Il y a différents styles d'écriture et il est vrai que le mien
est plutôt accès sur de l'émotionnel et l'action.
Dans un but de rectifier cela, je m'était initiée
à la description purement factuelle.

Petit rendu de l'exercice (effectué en 2016) :

Il y a une femme...

Il y a une femme, là, au coin de la rue, qui semble attendre. Elle regarde l’horloge de la mairie et se recroqueville un peu, se cachant derrière son chapeau blanc aux amples plumes crème. Celui-ci, aux longs rebords et au fin rubans d’or, ondule sous le faible vent de la place. Il n’est qu’un couvre-chef estival. Pourtant, quelque chose d’invisible vous pousse à regarder cet accessoire majestueux, se mouvoir tel une mer calme au gré des bises. Il est inspirant, ce chapeau, et expire de toute ses fibres la grâce d’une éducation distinguée.

Une rafale faillit le désarçonner de sa hauteur et l’entreprise aurait réussit s’il n’y avait eu une main pour le retenir. Une jolie, une fine main de femme, de celles qui s’adonnent à des ouvrages précieux plutôt qu’aux vulgaires tâches ménagères. La fibre, qui recouvre cette main est blanche, à l’instar du chapeau. Cependant, ce n’est pas exactement le même blanc car, les gants semblent investis d’une lumière diffuse. Cette main, ganté jusqu’à la moitié de l’avant-bras, s’étale en étoile, retenant ainsi le fugueur auquel le vent (car il s’agit bien de vent à présent) aurait donné des ailes. Elle le presse, tant du plat de la paume que du bout de ses doigts longs et fins, presque arachnéens.

Cependant, le vent forcit, jouant dans les plis de sa robe. Et quelle robe ! de couleur crème, striée de gris pâle sur le buste, elle cintre à merveille une taille fine de jeune fille. La grande et longue jupe se bombe sous l’effet des multiples couches de jupon et du vent fripon qui s’engouffre dessous. Cette dernière, ornée de dentelle, contribue à l’élégance de l’ensemble, même s’il faut bien avouer que le délicat tissu semble en l’instant fort malmené par les conditions atmosphériques régnant ici-bas.

Heureusement, Éole semble entendre les prières muettes de la demoiselle et adoucit son souffle. Les plumes se calment, les rubans reviennent à leur place et la dentelle retrouve son majestueux rôle d’ornement.

Présente aussi bien sur le col, le buste que la taille, cette spécialité locale souligne avec brio le raffinement de la tenue, la ponctuant de petite touche de bleu pastel.

Cette légèreté se retrouve sur l’extrémité de l’ombrelle qui, fermé car inutile, est maintenue à la verticale. Malgré tout, les plissures de ses volants maintenus par la lanière dorée, laisse deviner quelques motifs exotiques, peinture d’extrême orient. 

Mais voilà que le chapeau bouge, se dresse et se redresse laissant apparaitre un visage ovale, quoique le menton est peut-être un peu trop pointu pour cet adjectif mais qu’importe. Ce visage, perché sur un cou sans fin, est fade et maussade. Les yeux se dirigent vers l’horloge de la mairie et prennent cet air bovin tandis que les lèvres se tordent en un fin rictus d’incompréhension. Le nez pourtant fin et gracieux, est affublé d’un grain de beauté dont la présence nuit de toute évidence à la propriétaire puisqu’elle semble vouloir le dissimuler sous un maquillage outrancier qui achève de transmettre cet air fané à cet ensemble de chair. 

Puis, visiblement lasse, la main toujours sur le chapeau, les yeux interrogent le ciel en estimant la probabilité d’une précipitation soudaine, la femme abaisse son bras, ouvre son ombrelle avec la délicatesse d’une poissonnière en colère et tourne les talons pour repartir comme elle est venue, à pied, sous un ciel portant son chagrin.

Qui était cette femme ? Grain de sable sur une plage, petite larme dans l’océan ou infime atome dans l’univers ? Je l’ignore. Pas plus que je ne sais ce qu’elle faisait là à subir le temps, aussi bien en minutes qu’en météo. Cette femme, dont je devine le dos voûté derrière cette ombrelle fuyant à grandes enjambées, était habillée de manière fort spéciale, il faut l’avouer. Cette intrigante femme. Qui attendait-elle ? Qu’espérait-elle ? Où allait-elle ? Je l’ignore, ne le sais pas et avoue mes lacunes en la matière. Je lâche un soupir.

Mon téléphone portable sonne, me ramenant à la réalité. Je paie mon café pris en terrasse, laisse un pourboire de centimes que j’estime généreux, enfile ma gavroche et part, à l’opposé de la place, loin cette femme mystérieuse à l’aspect étrange. 

C’est au détour d’une ruelle que soudain, un détail me revient. Je m’arrête, comprends, souris, puis secoue la tête. Enfin, je reprends ma route.