Message d'avertissement !
Ce texte parle de violence conjugale, d'amour déçu et d'abandon sociétal.
Si Vous êtes dans ce type de situation, ne lisez ce texte qu'une fois, dans un but thérapeutique.
Si Vous voulez entrevoir ce type de situation, lisez ce texte une fois. Au besoin, revenez-y.
Dans tous les cas, ne vous déchirez pas d'une souffrance qui n'est pas la vôtre.
Les Camélias de Sabrine
Elle s’appelle Sabrine. Pas Sabrina. Il manque le « A » et c’est comme si sa vie était tronquée de quelque chose. Sabrine habite dans un petit pavillon de banlieue modeste mais assez loin des quartiers et de leurs barres qui effraient Sabrine. Ce genre de banlieue où tout le monde travaille dans la ville la plus proche et quitte son domicile le temps de la journée. Un village dortoir en définitive ; où la paix et le calme s’instaurent de 8h à 18h. Une commune éteinte, à l’image de Sabrine.
Chaque jours, Sabrine se lève à 6h00 et se couche à 21h00. Après chaque repas, Sabrine dépose ses miettes de pains sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, pour ensuite observer moineaux et pigeons venir s’attrouper pour picorer. Sabrine aime observer ces oiseaux. D’ailleurs, Sabrine souhaite en acquérir un, un perroquet, et il s’appellera José, comme le regretté mari de Sabrine.
Parfois, lors d’une de ces multiples séances d’époussetages de la vitrine, lorsque c’est le tour des figurines qui ornaient le gâteau de mariage, Sabrine repense à lui, à José. Alors, le regard par la fenêtre, Sabrine se souvient de ce jour ô combien unique. José, vêtu de blanc ainsi que Sabrine, qui ouvrait le bal sur l’air d’une valse connue. Le couple avait confié le registre musical de la festivité au neveu de José ; qui devenait aussi, ce jour-là, le neveu de Sabrine. Le neveu, ayant voulu bien faire les choses, avait préparé le poste de musique en y incorporant à l’avance le CD où figurait la fameuse valse. Malheureusement, lors du trajet, le poste avait pris un choc et il fut impossible après cela de pouvoir ôter le disque déjà en place. Le couple, le neveu et l’ensemble des convives avaient fêté le mariage sur les vingt-cinq airs classiques les plus connus. Ce fut d’un ennui… Puis Sabrine secoue la tête, revenant à sa poussière dans la vitrine, dans son modeste pavillon de banlieue.
« Il ne faut pas penser à cela, se rouspète Sabrine. La vie est un cadeau et chaque moment qu’elle nous offre est une chance unique. Ainsi, nous devons la remercier. »
Alors, la poussière étant finie d’être ramassée, Sabrine va s’asseoir dans son fauteuil, prend son ouvrage de broderie et le continue.
Ainsi passent les jours. Sabrine se lève, magne, se nettoie, nettoie sa maison, s’adonne aux ouvrages de dames, parfois au jardinage… Sabrine passe le temps plutôt que de le tuer. D’ailleurs, Sabrine à horreur de la violence. Ce simple mot lui provoque des nausées. En définitive, Sabrine à peur de la violence. José, lui, ne la craignait pas. Il disait souvent qu’il était le bouclier entre la violence et Sabrine ; qu’il la protégeait en somme.
Alors, les souvenirs reviennent. Qu’ils étaient beaux les débuts avec José. Les promenades le long du canal, sous l’ombre de peupliers ; celles au parc pour accompagner la fratrie de Sabrine, les promenades sur les chemins aux alentours du village natal de Sabrine. Ah ça oui ! Ils étaient beau les ces débuts. Mais malgré les endroits bucoliques qu’ils avaient pu trouver et, parfois, les demandes de José, Sabrine avait conserver sa vertu jusqu’au noces. Sabrine y tenait beaucoup et José le comprit et l’accepta. Sabrine s’était alors dit que José était quelqu’un de bien. Et puis…
« Non, se reprend Sabrine. Il ne faut pas penser à cela. La vie est un cadeau et chaque moment qu’elle nous offre est une chance unique. Ainsi, nous devons la remercier. »
Alors Sabrine reprend son ouvrage de dame. Une maille endroit, deux mailles envers. Quand son rang est fini, Sabrine sort dans le jardin. C’est le soir, le soleil se couche. Sabrine observe sa roseraie, son pommier, son massif de camélias. Elle prend l’arrosoir, va à la réserve d’eau pour le remplir et entreprends les soins quotidiens à ses plantes. Comme elles sont belles ses roses, comme ils profitent bien les camélias, comme il grandit le pommier. Ce pommier, c’est José qui l’avait planté, le lendemain de l’acquisition de la maison. Il disait que l’arbre allait grandir et croître, comme leur amour. Et effectivement, le pommier avait grandi. Parfois, des branches avaient cassé à cause de tempêtes. Mais le pommier avait survécu… et il rayonnait à présent.
Planté au milieu de la courée, il atteignait plus de 2 mètres à son point culminant. Chaque année, ses pommes régalaient Sabrine qui les réduisait en compote. José aimait beaucoup la compote de Sabrine, du moins au début, car un soir, il s’était levé et, visiblement en colère, il avait cassé contre le sol le ramequin de compote que lui avait servi Sabrine. Puis il l’avait saisi par le poignet et lui avait dit que, si elle avait le malheur de lui servir encore une fois de la compote, c’était elle qu’il casserait, tout comme le ramequin par terre. Ensuite, il l’avait lâchée et était parti dans la chambre tandis que Sabrine ramassait les morceaux de vaisselle au sol. Puis, comprenant que Sabrine n’allait pas venir tout de suite le rejoindre, José revint, se saisit de Sabrine et la tira jusqu’à la chambre malgré les supplications de Sabrine. Il marmonnait que ça finirait bien par marcher, qu’ils auraient bientôt un enfant, malgré la fatalité qui semblait s’abattre sur eux. La porte de la chambre se referma sous l’effet d’un courant d’air, les laissant dans l’intimité de la nuit.
« Non, se rattrape Sabrine. Il ne faut pas penser à cela. La vie est un cadeau et chaque moment qu’elle nous offre est une chance unique. Une chance unique ! Ainsi, nous devons la remercier ! »
Un miaulement tire Sabrine de sa rêverie. C’est le chat du voisin qui se frotte contre les rosiers, cherchant un peu d’affection et d’amour sur ces fleurs épineuses. Sabrine le chasse avec le pied. Pas les rosiers. Alors, le chat va vers le massif de camélia, y fait ses besoins et part, comme si de rien n’était. Sabrine soupire en secouant la tête. Décidément, cette bête à poils n’a aucun respect. Alors Sabrine constate que la nuit est tombée et qu’il se fait tard. Ainsi, Sabrine rentre et se couche dans cette chambre qui en a tant vu.
Ainsi dure et perdure la vie de Sabrine, s’allongeant de jour en jours, d’heure en heure, de minute en minute. De seconde en seconde. Un matin Sabrine reçoit la visite de Nathan, le neveu de José, celui qui est dans la police. Ensemble, ils parlent de la disparition de José. Un mois déjà et la police n’a pas trouvé la moindre piste pour savoir où il est. Sa voiture à pourtant été retrouvé mais cette dernière était brûlée donc plus le moindre indice. Or, cette disparition, sans lettre aucune n’est pas rassurante. Il a pu être enlevé, séquestré et battu… Pour autant, aucune demande de rançon n’a été formulée auprès de Sabrine. Peut-être a-t-il tout simplement décidé de refaire sa vie ailleurs. Si c’est le cas, il cache bien ses traces. Puis le policier rigole sur le fait que Sabrine n’ait pas le courage de chercher son mari si ce dernier c’est trouvé une blonde. Alors Sabrine craque. Non. Non elle n’a pas la force d’aller récupérer cette homme que les blessures de la vie avaient vissées à sa bouteille. Bière, vin ou plus, chaque liquide finissait par arriver à son terme et au bout, c’est Sabrine qui subissait les conséquences. Donc non, elle n’aurait pas la force de retourner chercher cette homme qui l’aimait de ses souvenirs brisés.
« Pour autant, se borne Sabrine. Il ne faut pas penser à cela. La vie est un cadeau et chaque moment qu’elle nous offre est une chance unique. Ainsi, nous devons la remercier. » Sa voix tremblait. Ses mains aussi.
Le policier baissa la tête, balbutiant qu’il ne savait pas, qu’il ne pensait pas. Sabrine lui appris que son propre père était au courant mais que visiblement, la dignité avait sauté une génération. Pantois, le neveu reste muet. Puis il décide de partir après avoir jeté un dernier coup d’œil au jardin. Remarquant les camélias fleuris, il questionne sa tante sur leur nouveauté. Sabrine lui répond avec un tendre sourire que s’il était venu plus souvent, il les aurait remarqués ces camélias. D’ailleurs, C’est José qui les a plantés. Le policier rougit, balbutie quelques excuses et prends congé.
Puis Sabrine retourne s’adonner à ses ouvrages de dames. Une petite robe pour une nouvelle venue dans la famille. À défaut d’avoir eu des enfants, elle tricote pour ceux des autres. Alors elle se remémore sa joie quand elle avait eu le premier retard dans ses menstruations. Elle l’avait annoncé à José qui, fout de joie, l’avait prise dans ses bras pour la faire tourner dans les airs. Il voulait absolument un fils. Elle désirait une fille. Mais au troisième mois de grossesse, quelque chose n’alla pas et Sabrine perdit l’enfant. C’était en pleine nuit. Alors, le lendemain, José alla acheter un rosier, en souvenir de ce petit ange partit trop vite. Les médecins, bien que ne comprenant pas, se voulaient rassurant en répétant que la prochaine fois serait la bonne. Aujourd’hui, le jardinet comptait dix-huit rosiers. A chaque fois, José se murait dans un silence, de plus en plus long. Jusqu’au jour où il ne parla plus avec sa bouche mais avec ses gestes. Cela devint une routine. Il la faisait valser puis l’emmenait dans la chambre pour se contenter de toutes les sauvageries possibles et imaginable. Alors, il la laissait là, à demi morte de chagrin et retournait dans le salon boire son alcool et regarder sa télé. Maudit soit-il avec sa sacrosainte télévision. Elle avait achevé l’histoire que Sabrine vivait avec José. Le jour où l’usine de José avait fermé, José avait, avec l’argent touché pour son départ, acheté cette grande télé. Puis José s’était assis devant et la télé l’avait avalé. José en avait même oublié de chercher un autre emploi. La suite appartenait désormais au passé.
Sabrine pose son ouvrage et regarde l’objet en question. Elle la reflète. Et dans ce reflet, Sabrine pleure. D’énormes perles d’eau roulent sur ces joues creusées par le temps. Alors Sabrine se mouche, essuie ses larmes et déclare :
« Il ne faut pas penser à cela. La vie est un cadeau. Un CADEAU tu entends !! Et chaque moment qu’elle nous offre est une chance unique ! Ainsi, nous devons la remercier !! »
Puis, Sabrine se lève et sort prendre l’air. Son regard se pose sur le massif de camélia. Elle a menti. José détestait les camélias. Ses plantes dites de terre de bruyère ne poussent que sur des terrains acides, acides comme leur mariage. D’ailleurs, il repose désormais dessous.
*
Elle s’appelle Sabrine. Pas Sabrina. Il manque le « A » et c’est comme si sa vie était tronquée de quelque chose.
Alors Sabrine regarde le ciel, ferme les yeux … et crie !